International Arnis Koredas Obra Mano Federation

I.A.K.O.M.F

 

Capitale: Manille 
Population: 69,9 millions 
Langues officielles: filipino (ou tagalog) et anglais
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: visayan (22 %), filipino (21,4 %), ilokano (11,5 %), bicolano (4 %), pampangan (2,9 %), pangasinan (2,9 %), chinois min (0,8 %), chavacano (0,4 %), davawenyo (0,1 %), etc.
Langue coloniale: espagnol et anglais
Système politique: démocratie parlementaire (république)
Articles constitutionnels (langue): art. 14 de la Constitution de 1987
Lois linguistiques: décrets gouvernementaux sur l’éducation


1 Situation géographique

Les Philippines sont situées dans le sud-est de l'Asie, entre l'Indonésie et l’Inde, au sud du Japon mais au nord-est de l’île de Bornéo. Le pays forme un archipel s'étendant sur 1840 km du nord au sud et sur 1104 km d'est en ouest. Il compte quelque 7100 îles baignées par la mer de Chine et l’océan Pacifique. Parmi ces nombreuses îles, onze d'entre elles totalisent plus de 95 % des terres (300 439 km²) et, de celles-ci, 2000 seulement sont habitées. Plus de 2500 îles n'ont même pas reçu de dénomination officielle.

On distingue aux Philippines trois grandes zones géographiques : Luçon, l'île la plus vaste et la plus au nord, qui abrite la capitale Manila (Manille); au centre, le groupe des Visayas (qui comprend les îles de Negros, Cebu, Bohol, Panay, Masbate, Samar et Leyte); et au sud, Mindanao, la deuxième île de l'archipel par sa superficie (dont les principales villes sont Davao, Zamboango, Marawi et Cagayan de Oro). Au Sud-Ouest de Mindanao, on trouve les îles Sulu (Basilan, Jolo, Tawi Tawi) proches de Bornéo. Enfin, à l'Ouest des Visayas, s'étend l'archipel de Palawan, qui compte à lui seul plus de 1700 îles. Administrativement, l'archipel des Philippines est découpé en douze régions (plus la métropole de Manille) et 73 provinces.




2  Données démolinguistiques

On compte 69 millions d’habitants dont la plupart sont des descendants de Proto-Indonésiens et des Malais qui ont occupé les îles par vagues successives.

Les ethnies les plus importantes sont les Visayans, les Tagalogs, les Ilokanos et les Chinois. Ces populations se sont métissés au cours de leur longue histoire avec des Indiens, des Chinois, des Arabes, des Espagnols et des Américains, le tout ponctué par des visites de marchands et de commerçants d'outre-mer. Il en ressort une population unique, un mélange de l'Est et l'Ouest, tant physiquement que culturellement parlant.

Toutes ces populations parlent plus de 70 langues dont les trois plus importantes sont le visayan (15,2 millions de locuteurs), le tagalog appelé filipino (14,8 millions de locuteurs) et l’ilokano (8 millions de locuteurs). Les autres langues d’importance relative sont le bicolano (2,8 millions), le pampangan (2 millions), le pangasinan (2 millions), le chinois min (plus de 500 000), le chavacano (280 000) et le davawenyo (124 486). Les Philippines sont donc un pays multilingue avec des langues pratiquement toutes austronésiennes (du groupe malayo-polynésien occidental) et une seule langue chinoise (min).

Quant aux Philippins, ils ne sont pas unis par une langue commune, mais les deux tiers peuvent s’exprimer, à des degrés divers, en filipino, la langue officielle et la langue maternelle de 20 % de la population. Cette langue peut être appelé également tagalog (voire tagal) et philippin, mais le terme officiel employé dans la Constitution est filipino. Plus de la moitié des habitants disent aussi pouvoir parler anglais, une langue seconde. Quant à l’espagnol, qui a été la langue officielle du pays pendant trois siècles, il n'est parlé que par une minorité sans cesse décroissante d'habitants (moins de 1 % 100 de la population) appartenant généralement à la haute société.


3 Données historiques

L’archipel des Philippines a été colonisé et christianisé dès le XVIe siècle par les Espagnols qui lui donnèrent le nom de Philippe (en hommage au futur Philippe II d'Espagne) et en firent un important comptoir commercial, notamment entre Manille et Acapulco (Mexique). Cependant, l’intolérance religieuse et la dureté de l’administration espagnole provoquèrent, durant trois siècles, des rivalités et des conflits entre les Philippins et les colonisateurs qui, par surcroît, tentèrent d’hispaniser les populations autochtones. Cette situation trouble suscita un nationalisme exacerbé de la part des Philippins qui finirent par réclamer l’indépendance. Certains demandèrent l’aide des États-Unis alors en guerre contre l’Espagne.

En 1898, lors de la guerre hispano-américaine, après avoir coulé la flotte espagnole dans le port de Manille, les Américains annexèrent purement et simplement les Philippines au lieu de leur accorder l’indépendance. Ensuite, ils entreprirent d’extirper l’espagnol dans l’archipel en envoyant des centaines d’auxiliaires anglophones, jusque dans les lointains villages de montagnes. Puis, l’administration américaine finit par introduire progressivement de plus en plus d’autonomie, une autonomie qui ne vint qu’en 1946, soit après l’invasion japonaise de 1942 et la réoccupation américaine. Depuis l’indépendance, le gouvernement philippin est toujours demeuré sous l’influence économique, linguistique et politique des États-Unis. Il est clair que les trois siècles de colonisation espagnole et le demi-siècle de colonisation américaine vont, entre autres, avoir des conséquences linguistiques dans la politique philippine.


4 Le statut des langues

Aux prises avec plus de 70 langues, l'État philippin utilise, de par la Constitution, le filipino (ou pilipino) comme langue nationale officielle, mais se sert aussi de l'anglais comme langue véhiculaire, car près de 60 % de la population ne parlerait pas le filipino. C'est la Constitution de 1987 qui a rebaptisé le pilipino (à base de tagalog) en filipino. L’article 14 (par. 6) proclame ce qui suit: 
 
Article 14

6) La langue nationale des Philippines est le filipino. À mesure qu'elle évoluera, elle se développera davantage et s'enrichira à partir des langues existant aux Philippines et des autres langues.

Sous réserve des dispositions de la loi et, si le Congrès le juge approprié, le gouvernement prendra des mesures pour promouvoir et maintenir l'usage du filipino comme véhicule des communications officielles et comme langue d'enseignement dans le système d'éducation.

Les paragraphes 8 et 9 méritent d’être rapportés, ne serait-ce parce qu’elle traduit les intentions du législateur à l’égard du filipino:
 

8) La présente Constitution sera promulguée en filipino et en anglais, et traduite dans les principales langues régionales, l'arabe et l'espagnol.

9) Le Congrès mettra sur pied une commission nationale de la langue composée de représentants de différentes régions et de plusieurs disciplines, qui coordonnera et encouragera les recherches pour le développement, la diffusion et la préservation du filipino et d'autres langues.


5 Le bilinguisme de la législature et de la justice

Au parlement de Manille, les députés peuvent s’exprimer en filipino ou en anglais, mais ils utilisent très majoritairement la langue anglaise. Toutes les lois sont rédigées et promulguées en anglais, elle sont parfois (rarement) traduites en filipino. En cas de conflit éventuel d’interprétation, seule la version anglaise fait foi. Dans les faits, il existe deux langues officielles: l’anglais d’abord, le filipino ensuite. Évidemment, cela ne correspond pas au par. 6 de l’article 14 de la Constitution qui déclare que "la langue nationale des Philippines est le filipino" et qu’"à mesure qu'elle évoluera, elle se développera davantage et s'enrichira... " Ce que l’on peut comprendre, c’est qu’après des années le filipino ne s’est pas encore suffisamment développé.

Il n’existe aucune législation en ce qui a trait à l’emploi des langues en matière de justice, mais la priorité est encore accordée à la langue anglaise puisque celle-ci reste la langue dominante dans toutes les cours de justice des Philippines, y compris les cours d’appel. Il est toutefois possible d’utiliser le filipino et, dans les cours inférieures, une langue philippine, mais ce n’est pas l’usage habituel. Dans tous les cas, les juges seront portés à rendre leurs sentences uniquement en anglais, ils le feront parfois en filipino ou en une autre langue si cela est nécessaire.


6 La dominance de l’anglais dans l’administration

Les Américains avaient habitué les Philippins à recevoir des services uniquement en anglais ou en espagnol. Avec l’indépendance, seules les pratiques réelles ont défini la politique linguistique du gouvernement philippin dans l’administration. L’anglais demeure encore la langue dominante, que ce soit à l’oral ou à l’écrit. Certains ministères ne disposent d’ailleurs que de la version anglaise de leurs documents officiels (Santé, Finance). D’autres rendent disponibles leurs documents en filipino; seul le ministère de la Justice émet certains documents dans quelques langues locales (visayan, ilokano, bicolano). Les services municipaux sont toujours assurés en anglais, sinon en filipino, assez souvent en une langue locale dans les régions où l’on ne parle pas le filipino. Dans les soins de santé, la priorité est généralement accordée aux langues locales, ensuite à l’anglais, occasionnellement au filipino.

La plupart des édifices gouvernementaux portent des inscriptions unilingues anglaises, mais il est de plus en plus courant de voir des inscriptions bilingues (anglais-filipino). Dans la signalisation routière, seul l'anglais est utilisé; de même pour l'odonymie en ce qui concerne les termes génériques; les spécifiques peuvent être en anglais, en filipino ou en espagnol. En dehors de la capitale, les termes spécifiques sont en visayan, en ilocano ou en toute autre langue locale.


7 L’éducation bilingue

En 1900, l’American Philippine Commission avait conclu que la langue d’enseignement de toutes les écoles des Philippines devait être l’anglais. La Constitution de 1987 définit l’emploi des langues dans le monde de l’enseignement. Le par. 7 de l’article 14 déclare que le filipino et l’anglais sont les langues officielles de l’enseignement, que les langues régionales sont également officielles et que la promotion de l’arabe et de l’espagnol se fera sur une base volontaire:
 
Article 14

7) Aux fins des communications et de l'enseignement, les langues officielles des Philippines sont le filipino et, jusqu'à ce qu'il en soit décidé autrement par une loi, l'anglais.

Les langues régionales sont les langues officielles auxiliaires des régions et doivent y servir de véhicule auxiliaire de l'enseignement.

La promotion de l'espagnol et de l'arabe se fera sur une base volontaire et facultative.

Qu’en est-il dans les faits? L'école est gratuite et obligatoire pour tous les enfants âgés de 7 à 12 ans aux Philippines. Les écoles maternelles sont généralement en langue anglaise, parfois (rarement) en filipino. Les écoles primaires et secondaires pratiquent l’éducation bilingue (si chère aux Américains!): l’enseignement est donc dispensé à la fois en anglais et en filipino. Bien que le filipino soit enseigné et que, dans les plus petites classes du primaire, des langues locales soient en usage, l'anglais n'en demeure pas moins, et de loin, la première langue enseignée. L’enseignement de l’espagnol comme langue seconde est toujours facultatif dans les écoles publiques; il peut être obligatoire dans les écoles privées et il est réservé à une certaine élite. Quant à l’arabe, il n’est enseigné que dans certaines écoles musulmanes.

Dans la majorité des écoles privées (aux frais élevés!), ce système scolaire n’est pas respecté et l’enseignement de l’anglais peut se faire sans le filipino. Jusqu’à présent, aucune sanction n’a été imposée pour le non-respect du programme d’études.

Enfin, la plupart des universités, l’anglais assure encore sa dominance bien que l’enseignement puisse se dérouler en filipino, voire en espagnol (particulièrement dans les universités détenues par l’Église catholique). N’oublions pas que l’Église contrôle encore plus d’une centaine d’universités aux Philippines, ce qui n’est pas peu.


8 La langue de l’économie

En ce qui concerne la langue de l’économie aux Philippines, l’anglais conserve largement tous ses privilèges là aussi, mais il le partage parfois avec le filipino. Dans les petites transactions commerciales, certaines langues régionales ont également droit de cité. La plupart des produits manufacturés sont bilingues (anglais-filipino), mais l’anglais a tendance à conserver sa première place. Dans ce domaine non réglementé, le libre choix règne partout.

L'affichage commercial est très largement unilingue anglais, mais les commerçants peuvent utiliser l'unilinguisme filipino, le bilinguisme anglais-filipino (ou filipino-anglais) ou un "code switching", c'est-à-dire un mélange de langues (anglais + filipino ou toute autre combinaison). Dans la région de Manille, la capitale, le filipino est plus fréquent que partout ailleurs où l'anglais demeure souvent la seule langue de l'affichage et de la publicité; toujours dans la capitale, le filipino est parfois plus employé que l'anglais dans la publicité. De façon générale, il semble que les grandes entreprises aient tendance à n'employer que l'anglais; les moyennes entreprises, le bilinguisme ou un mélange d'anglais et de filipino; les petites entreprises choisissent plus facilement l'unilinguisme filipino.

Généralement, les commerçants ont recours au système qu'ils estiment le plus rentable pour leur établissement: dans certains cas, ce peut être l'unilinguisme anglais, dans d'autres, l'unilinguisme filipino, ou bien le bilinguisme filipino-anglais ou anglais-filipino, voire, dans les régions éloignées des grands centres urbains, l'unilinguisme visayan, bikol, ilongo, pamgagan, etc. Bref, les Philippines connaissent une situation très diversifiée au chapitre de l'affichage, comme c'est souvent le cas dans des pays de multilinguisme.

 

En bref, on peut dire que les Philippines n’ont certainement pas réussi à se libérer de leur deuxième langue coloniale, l’anglais. Pour que cette langue conserve autant de droits et de privilèges, il faut que le gouvernement soit décidé à perpétuer cet état de fait issu de la colonisation américaine. D’ailleurs, il est même surprenant qu’un demi-siècle de colonisation américaine ait réussi à effacer trois siècles de colonisation espagnole. Il est clair que l’omniprésence de l’anglais arrange le gouvernement philippin, car il est plus facile de s’imposer avec l’anglais, la langue maternelle de personne, qu’avec le filipino, une langue locale qui essaie de tirer son marron du feu. La politique linguistique des Philippines s’apparente à bien des égards à celle de plusieurs pays francophones d’Afrique. D’ailleurs, il semble bien que la majorité de la population de ce pays accepte la situation. Pour la plupart des gens, les langues locales servent à la vie de tous les jours, elles contribuent à assurer une couleur particulière aux Philippines et enrichissent le filipino, la langue officielle, ou plutôt, la langue co-officielle avec l’anglais. Il faut bien comprendre aussi que la situation actuelle du filipino par rapport à l’anglais constitue un progrès considérable comparativement aux pratiques en vigueur lors de l’administration américaine. En ce sens, on peut y voir une certaine libéralisation.•

 

 

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